Randonnée à Sapa à la rencontre des minorités ethniques du Vietnam

hmong noir sapa

Randonnée à Sapa à la rencontre des minorités ethniques du Vietnam

Lors de notre voyage au Vietnam en décembre 2019, nous sommes allés dans les montagnes du nord, à Sapa, faire une randonnée pour aller à la rencontre des minorités ethniques et découvrir les rizières en terrasse. Voici le récit de ces deux jours riches en rencontres et en découvertes.

Arrivée à 5h30 à Lao-Caï par le train de nuit en provenance de Hanoï, puis mini bus avec conduite sportive dans les routes de montagne pour arriver à Sapa 1 h plus tard. Il y a de nombreux travaux en ville, avec les rues boueuses et de multiples projets immobiliers de villes à l’occidentale placardées sur les grilles de chantier. La plupart des bâtiments de Sapa sont des hôtels, des restaurants et des boutiques pour randonneurs. On attend un peu devant la porte de l’agence de randonnée, le gérant arrive quelques minutes plus tard. Nous posons nos affaires et il nous emmène dans un hôtel pour que nous puissions prendre un petit déjeuner. Une fois les spécialités locales englouties, nous retournons à l’agence pour rejoindre notre guide. Nous espérons qu’il sera plus causant que le gérant. Nous rencontrons Giang (prononcer Zan en vietnamien) notre guide francophone, vietnamien de 36 ans qui vit dans un village à 10 km de Sapa. C’est son grand père qu’il lui avait appris le français, qu’il parle et comprend d’ailleurs impeccablement bien.

Une fois les présentations faites et nos sacs bouclés, nous partons à pieds traverser Sapa, pour rejoindre les hauteurs de la ville pour débuter un sentier à travers les rizières. Dès le départ nous sommes suivis par Vùvù (prononcer Vouvou), jeune femme de l’ethnie des Hmongs Noirs, qui veut nous vendre ses créations textiles artisanales. Sapa est en effet le lieu de ralliement des randonneurs mais également des femmes des ethnies minoritaires qui essaient de vendre leurs produits aux randonneurs et touristes. Sachant que l’on allait justement dans un village d’une ethnie nous avions plutôt pensé acheter de l’artisanat local là-bas et pas forcément se charger dès le début de la randonnée en achetant à la première personne venue. Nous déclinons alors ses propositions poliment, mais cela n’a pas découragé Vùvù qui a continué à nous suivre… Nous pensions qu’une fois sortie de Sapa, elle aurait fait demi-tour, mais non elle attaqua le chemin en montagne avec nous. Cela nous a permis de « discuter » avec elle via des signes, quelques mots d’anglais, par l’intermédiaire de Giang et de mieux comprendre sa vie. Elle nous suivra ainsi 3 heures, jusqu’à ce que lors d’une pause, nous lui achetions une belle tenture brodée. Après une photo avec elle, elle disparu sans demander son reste. Deux autres femmes nous ont alors emboité le pas. Nous avons rapidement compris qu’elles abordent les randonneurs avec les mêmes phrases type pour vendre, « what’s your name « , « ho, it’s a very beautiful name »… Cela a un côté un peu lourd parfois mais il faut bien avoir en tête que ce commerce leur permet bien souvent de nourrir leurs familles.

sapa rizière randonnée
Rizières en hiver ©photo Romain Le Pemp

Le rythme de marche est tranquille, Giang nous fait comprendre ce que nous voyons dans le paysage, nous parle de la vie locale. Sur cette première partie de parcours nous traversons des rizières étagées qui ne sont pas en eau à cette période, des plantations d’indigo (l’indigo sert à la teinture des habits bleus et noirs des Hmongs noirs), des hameaux. Nous croisons des buffles, des poules, autres cochons et de belles araignées locales. Pause repas du midi dans un petit troquet local d’un village sur le chemin, qui sert aussi de « superette » et restaurant pour les randonneurs. Nous faisons comprendre aux deux femmes qui nous avaient emboité le pas pour nous vendre leurs produits, que ça ne servait à rien de continuer à nous suivre, nous n’achèterions rien. L’une comprend, l’autre repart avec quelques mots montrant qu’elle n’était pas contente.

Dans les villages traversés, on voit la grande pauvreté des habitants. Les enfants sont seuls dehors pieds nus en train de s’occuper de leurs frères et sœurs plus petits ou de travailler (aux champs, petits travaux, ou suivre les touristes en essayant de leur vendre des bracelets). On traverse des vallées, des rizières, des villages, une forêt de bambous. On arrive vers 16h au village de Tà Phin où nos hôtes habitent.

C’est une famille de Dao Rouges. La mère de famille s’occupe des champs (riz, maïs, indigo, légumes), de la culture des orchidées et confectionne leurs vêtements traditionnels et de l’artisanat qu’elle vend sur le marché. Son mari travaille dans les champs et sur des chantiers locaux. Ils ont deux enfants, un garçon de 13 ans qui veut devenir chaman et une fille de 11 ans, tous les deux vont à l’école. La grand-mère habite avec eux.

Ils ont un chat qui a pour principale mission de chasser les souris de la maison pour éviter qu’elles attaquent les sacs de riz de 50 kg entreposés dans la maison.  La maison est assez grande et faite de planches de bois. La pièce principale est unique mais composée de plusieurs espaces : un coin cuisine avec un foyer et une grande marmite suspendue, une table avec des petites chaises pour les choses courantes (devoirs des enfants, pour fumer la pipe à eau..) et enfin un autre foyer pour avoir chaud avec la table basse à manger à côté. Au-dessus, dans toute la salle des traverses de bois sur lesquels sont posés les sacs de riz de 50 kg, qui représentent la récolte de riz précédente que la famille va consommer et vendre toute l’année. Ces sacs de riz sont entreposés en hauteur pour gagner de la place au sol, pour éviter que les rats et souris n’y accèdent trop facilement et enfin pour que les feux de la maison les sèchent (le riz a séché déjà un peu avant la mise en sac, mais il a encore besoin d’avoir en environnement sec). Ils ont l’électricité mais assez peu d’appareil électrique, une bouilloire, un rice cooker. Les parents ont chacun un téléphone portable. Devant cette maison principale, il y a un cabanon en béton qui est la salle de bain et wc.

La famille a construit il y a 2 ans, un homestay en bois juste à côté de leur maison, avec à l’intérieur plusieurs chambres assez simples avec lits, couvertures et moustiquaires, pour accueillir les randonneurs. En rez-de-chaussée, un espace pour prendre un bain aux plantes, une spécialité de la région. Dehors, un chien, des poules, les orchidées en pots (qui sont vendues ensuite au marché). La famille a un scooter, c’est le moyen de transport le plus répandu au Vietnam et qui permet d’amener toute la famille (et oui là-bas ce n’est pas étonnant d’être à 3 ou 4 sur un scooter). Le scooter est aussi un mode de livraison de marchandises très prisé, avec des ballots de marchandises assez impressionnants.  Le matin les enfants vont à l’école à pied à 1 km de la maison. La famille vit de l’agriculture du riz, de l’artisanat, de la vente des orchidées et de l’accueil de randonneurs chez eux. Il n’y a pas de chauffage dans le homestay. Dans la maison ce sont les foyers ouverts qui chauffent la pièce.

maison minorité dao rouge
Dans la maison de nos hôtes ©photo Romain Le Pemp

Après les présentations, nous allons nous balader à Ta Phin. Le village est rustique mais est en train de se développer avec de nombreux travaux et l’installation de homestays pour accueillir les randonneurs. On voit assez nettement comment le tourisme est un levier de développement économique et de transformation pour ce type de village à proximité de Sapa. Notre guide nous disait qu’en revanche les villages plus reculés où peu de touristes étrangers vont car sont à plusieurs jours de randonnée, continuent à rester assez pauvres. On voit également les différences d’offres qui se mettent en place, entre des habitants qui continuent à accueillir chez eux, à partager le repas avec les randonneurs dans un confort sommaire, et les établissements plus touristiques avec des prestations de type hôtelière.

On rentre chez nos hôtes où nous jouons un peu avec les enfants, nous avions ramené des feutres et des feuilles pour leur donner. Une petite cousine est là aussi. Il fait assez froid dehors déjà. Nous entrons dans la maison autour du feu et échangeons avec notre guide et la famille. Puis le diner est pris tous ensemble avec au menu des nouilles, du riz blanc, des légumes, de la viande, le tout arrosé d’alcool de riz (pour les adultes). C’est l’occasion d’apprendre la coutume où le plus jeune doit avoir son verre plus bas que celui de son ainé en trinquant. On a pu bien testé la méthode et au bout de quelques verres, le geste est acquis. On s’installe ensuite au coin du feu pour discuter. La mère, la grand-mère et la fille, en même temps qu’in discute, avancent leurs ouvrages de couture avec une lampe frontale pour y voir assez. Le garçon récite ses leçons, il doit apprendre de nombreux textes s’il veut devenir chaman dans quelques années. Ces moments passés avec cette famille et notre guide sont magiques et resteront gravés en nous pour longtemps. De mon côté j’en profite pour acheter un beau bracelet artisanal traditionnellement porté par les Dao Rouges et quelques étoffes pour ramener en cadeaux.

Nous allons nous coucher pas très tard, la famille se lève tôt le lendemain. Il doit faire 3 degrés dehors, nous prenons un second édredon pour ne pas avoir froid dans notre chambre. La famille dort ensemble dans la pièce voisine, notre guide nous explique que c’est comme ça jusqu’à ce que les enfants soient ados. Nuit à la fraiche mais sans avoir froid, bien calfeutrés sous les édredons et nos habits.

Lendemain matin, petit déjeuner où le salé et les restes de la veille sont servis. Nous avons droit également à des crêpes et du miel. C’est samedi matin, les enfants n’ont pas école. On reste un peu à discuter dehors avant de remercier toute la famille et de repartir avec Giang notre guide francophone.

On s’élance dans la vallée en direction d’un col. Une route est en construction, ici aussi l’essor économique est en route (c’est le cas de le dire), permettant de désenclaver des villages jusqu’ici reliés par des chemins de terre, qui lors de la saison des pluies sont impraticables avec les scooters. Avec notre œil de touriste nous nous disons que c’est dommage que ces beaux paysages soient défigurés par la construction d’une route, mais lorsque l’on se place d’un point de vue des habitants cette route est pour eux une évolution majeure pour leur vie au quotidien.

Une fois le col franchit, on bascule dans une autre vallée, avec des paysages différents de ce que l’on avait vu la veille. Une belle vue sur les montagnes et vallées alentours. Nous croisons quelques villageois à pieds et apercevons des maisonnettes faites de planches et de tôle au milieu des collines. On rencontre quelques piscicultures de saumon, installées ici pour bénéficier de l’eau fraiche renouvelée arrivant de la montagne.

On arrive dans un tout petit village. On y croise un couple de québécois et leur guide francophone que l’on avait déjà croisé la veille. Nous discutons avec eux de leur parcours, de ce qu’ils ont fait ou prévoit de faire. Notre guide qui était entré dans une maison vient nous chercher pour manger chez l’un des habitants. On s’assoit autour d’une petite table avec uniquement le grand père qui nous sert à manger. A côté un feu dans un foyer ouvert avec une petit fille de 3 ans, assez sale, seule, pieds nus à 30 cm du foyer. La maison est moins propre que celle nos hôtes où l’on avait passé la nuit, la famille à l’air aussi plus pauvre. Notre hôte ne parle pas anglais, notre guide fait la traduction. Le repas se termine par de l’alcool de riz et dans une bonne ambiance. Nous ne nous attardons pas, nous avons rendez-vous avec un chauffeur qui doit nous ramener à Sapa et nous avons encore un peu de marche. Nous verrons alors de nombreuses collines avec des cultures de thé vert.

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Santé ©photo Laure-Elie Rodrigues

On en profite pour continuer à poser nos innombrables questions à Giang, notre guide, sur le Vietnam, la culture, les habitudes, les modes de vies, l’histoire du pays, la colonisation et la guerre avec la France.. Sur les habitudes alimentaires, Giang  nous apprend que dans cette région du Vietnam on consomme du chien (au moins une fois par mois), du chat, du poulet, du bœuf, porc, canard, serpent, rat, buffle. A la question, les chiens et chats domestiques dans les maisons que l’on a croisé dans les villages sont-ils épargnés, la réponse est non, ils seront aussi mangés. Le choc des cultures quoi, mais c’est pour ça aussi que l’on voyage !

On arrive à une route avec une petite épicerie extérieure, repaire des livreurs en scooter. Giang nous achète de la canne à sucre que nous mangeons sur place, rafraichissante et sucrée, c’est bien bon. Une voiture vient nous chercher pour nous ramener à Sapa, après cet itinéraire de deux jours où nous avons traversé vallées, rizières et villages.

Arrivé à Sapa, Giang nous accompagne au célèbre marché local pour nous aider à trouver un certain nombre de produits locaux que nous voulions acheter : thé vert, cannelle, cardamone, graines de coriandre, champignons séchés.. Ce marché est beau et impressionnant avec ses nombreux étals d’herbes, de légumes, de viandes (dont des têtes de chiens). A l’étage on y trouve du tissu et de l’artisanat. Giang nous accompagne à notre hôtel, nous lui offrons des chocolats français que l’on avait ramené de France pour donner aux personnes avec qui nous sympathiserions durant ce voyage. Lui nous offre des petits baumes du tigre individuel. Nous prenons ses coordonnées pour peut-être un jour revenir et pouvoir les donner à des personnes voulant réaliser une randonnée à Sapa avec un super guide qui parle français.

Si vous voulez en savoir plus sur Sapa et ses environs et si vous voulez les coordonnées de Giang notre guide francophone, tout est dans cet article.
Et si vous avez des questions, laissez les en commentaire !

2 Comments
  • Jonathan
    Publié à 08:38h, 22 mars Répondre

    Nous revenons d’un trek de deux jours avec Giang .
    Deux jours incroyables, fait de rencontre humaine incroyable , en commençant par Giang qui est interessant, répond à toutes vos questions , avec qui nous avons eut de belle discussion.
    C’était une première pour nous le fait d’aller chez l’habitant , donc si comme nous vous êtes hésitant, ne vous posez pas de questions et foncez !
    Une expérience unique qui nous a fait découvrir la région de sapa !

    Merci encore de tout notre cœur à Giang

    • Romain
      Publié à 09:33h, 22 mars Répondre

      Merci pour ce beau retour d’expérience ! vous avez bien résumé ce que cela permet de vivre et comment Giang est attentionné et interessant

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